Vos vacances à l'île Maurice

Il est évident que la plupart des touristes passent la plus grande partie de leur séjour à l'hôtel qu'ils ont choisi : bronzage au soleil, sieste à l'ombre des filaos, sports nautiques ou footing dans les environs. Mais assurément ils ont tous prévu — sédentaires du troisième âge ou hommes d'affaires pressés — de connaître les autres aspects d'une île que sa faible superficie rend aisément accessible; des excursions. C'est à ceux-là tout particulièrement que nous proposons des idées sorties condensés.
Quant à ceux qui séjournent plus longuement à l'île Maurice, ils trouveront dans ce guide les indications nécessaires pour préparer un plus vaste programme d'excursions. Soit en rayonnant du même hôtel (l'on n'est jamais à plus de quatre heures, aller et retour, d'un point quelconque de la carte). Soit en changeant d'hôtel. Un consortium hôtelier, le Beach Comber (Méridien et Morne Brabant dans le sud-ouest, le Chaland dans le sud-est et Trou-aux-Biches village-hôtel dans le nord) permet des réservations interchangeables : logement et repas.

 

L'île aux trésors
Rejoindre le grand village de Triolet en prenant l'embranchement devant le poste de police, qui mène au temple hindou de Triolet qu'il est possible de visiter et où ont lieu à certaines dates comme dans d'autres temples, des cérémonies pleines d'intérêt pour le touriste (marche sur le feu).
La route continue tout droit parmi d'immenses plantations de cocotiers vers le petit village de pêcheurs de la pointe aux Piments. S'arrêter en chemin à la boutique de coquillages l'Argonaute et visiter l'aquarium marin avant de continuer vers la baie aux Tortues ou de l'Arsenal dans laquelle se jette la rivière Citron où se trouve une digue dont les bases furent jetées, dit-on, par La Bourdonnais. Le lieu tire son nom de l'arsenal que les Français y construisirent et qui fut ravagé par une explosion en 1774. C'est un site de toute beauté avec les ruines d'anciens bâtiments et la grande roue à eau, au milieu d'une végétation sauvage que dominent de grands arbres. L'imagination ne perd pas ses droits! Cette petite baie a tenté plus d'un navigateur : elle ressemble étrangement à toutes celles des histoires de trésor. Depuis trois siècles combien d'aventuriers ont débarqué ici leur cargaison clandestine : l'or, les esclaves, la contrebande... Pour s'évanouir ensuite dans la nuit. Et la légende...
Une ancienne propriété voisine porte le nom de Balaclava. C'est un hommage à la charge héroïque de la brigade légère, pendant la guerre de Crimée.
De Balaclava l'on va au Moulin-à-Poudre qui remplaça celui de la baie aux Tortues. Non loin de là se trouvaient les forges de Mon Désir, appartenant au comte d'Estaing, et qui au milieu du dix-huitième siècle produisaient du fer de bonne qualité dont le minerai était extrait sur place. Le prince cingalais, Ehelapolach, que les Anglais avaient déporté à l'île Maurice en 1825 y mourut au cours de son exil au Moulin-à-Poudre. Une stèle a été élevée à sa mémoire. A quelques kilomètres se trouve l'hôpital le plus moderne de l'île; il porte le nom de Sir Seewoosagur Ramgoolam, ex-Premier ministre de l'île Maurice.

Après le village de l'Arsenal (loin de la baie du même nom) qu'indiquent des canons peints sur les murs, continuer jusqu'à Terre Rouge qui porte bien son nom à cause de la couleur particulière du sol et prendre l'autoroute — ouverte en 1981 — qui conduit rapidement à Port-Louis, distante par ce raccourci de quelques kilomètres seulement. Elle offre un merveilleux panorama sur la chaîne de montagnes que dominent le Pieter Both et la montagne du Pouce. Elle aboutit au port, mais il convient de tourner à gauche après le rond-point pour atteindre le centre-ville par la route militaire débouchant près de la fabrique de cigarettes de la British American Tobacco à la rue Nicolay dont le prolongement est la rue Royale qui conduit à la place d'Armes où se trouve l'Hôtel du Gouvernement.
Il s'agit maintenant de garer la voiture : pas de parking payant. A défaut de pouvoir se garer dans une des rues avoisinantes il est préférable de chercher un parking sur la vaste place du Quai. Après avoir fermé la voiture à clé et rangé dans le coffre les articles qui pourraient tenter les aigrefins, le touriste consacrera à Port-Louis le temps qui lui plaît.

 

Lèche-vitrine et flânerie rapide
La première partie de la visite , à l'exclusion de la rue Desforges qui est éloignée du centre et des casernes centrales où l'on peut pénétrer en voiture en revenant des jardins a flanc de montagne pour se rendre au Pleasure Ground, demande environ deux heures et demie — sans stationnement prolongé dans les banques, agences de voyage, boutiques, librairies, au musée, au marché central. Donc-shopping rapide. Durée : deux heures et trente minutes.
La deuxième partie (itinéraire en voiture) avec arrêt de cinq à dix minutes (Champ-de-Mars, citadelle, monument de Marie reine de la Paix, jardin Robert-Edward-Hart. Durée : une heure. Une heure et demie en comptant la montagne des Signaux.
Ajouter 45 minutes pour déjeuner.
Durée totale de la visite : quatre à quatre heures trente minutes.

Le visiteur qui séjourne plus de quelques jours à Maurice voudra certainement retourner à Port-Louis explorer davantage magasins et boutiques et retrouver plus longuement certains sites et paysages. Il lui sera loisible à ce moment de faire un tour de la rade à bord d'une des petites vedettes dont on loue les services.

Ne pas oublier les heures d'ouverture différentes des magasins, bureaux, etc. Journée continue : pas de fermeture durant l'heure du déjeuner.
Banques : 10 h à 14 heures. Chambre de commerce : 9 à 16 heures. Poste : 8 à 11 heures; 12 à 17 heures. Magasins (non asiatiques) : 9 à 16 heures
Magasins et boutiques asiatiques ferment plus tard. Fermeture presque générale à midi le samedi. Fermeture le dimanche.

 

Une demeure typiquement coloniale
La rue longe le quartier de la Plaine-Verte, passe devant la jolie église de Saint-François, dont la petite place s'orne de flamboyants (magnifiques au début de l'été) pour rejoindre la route du nord. Tourner à gauche, passer devant la British American Tobacco, prendre la route militaire qui rejoint le rond-point. Un raccourci récent, le tronçon d'autoroute ouvert en 1981, permet de quitter rapidement la capitale pour arriver au rond-point de Terre-Rouge d'où l'on prendra à droite la route qui conduit au village de Pamplemousses pour visiter le célèbre jardin et la petite église qui est la plus ancienne de l'île (1756). Dans le cimetière se trouve la tombe de l'abbé Buonavita, l'aumonier de Napoléon.
Continuer la route de Mapou qui, après le rond-point de Belle-Vue, bifurque à angle droit vers Cap Malheureux. L'on aperçoit à droite une cheminée d'une sucrerie aujourd'hui désaffectée qui porte le nom de La Bourdonnais. A côté des bâtiments, l'on peut apercevoir sous la voûte d'arbres centenaires, la plus superbe demeure coloniale de l'île, terminée en 1858. Propriété privée avec son célèbre verger.
Ceux qui sont disposés à prolonger l'itinéraire d'une quinzaine de kilomètres pour voir l'une des plus célèbres maisons historiques de l'île, le gracieux château de la Villebague, où habita Mahé de La Bourdonnais, prendront la route de la Grande-Rosalie, qui passe devant la sucrerie du Mount... Ils reviendront ensuite au jardin des Pamplemousses.

 

Le pittoresque village de pêcheurs du Grand-Gaube
Voir la carte pour se rendre au pittoresque village de pêcheurs de Grand-Gaube, petite station balnéaire non loin de l'hôtel (bungalows) de Paul et Virginie. Après avoir longé la côte, la route passe au milieu de champs de cannes à sucre — vision familière — pour arriver à Cap Malheureux. On aperçoit sur le promontoire d'Anse la Raie, une tour au toit rouge qui date du début du siècle dernier. Avant la pittoresque baie du Cap Malheureux, avec sa coquette chapelle, se trouve l'hôtel Kuxville (bungalows, sans restaurant). De la plaine avoisinant la chapelle, on admire le magnifique panorama des îles : le Coin de Mire plus proche du littoral, l'île Plate et son phare, l'île Ronde et l'île aux Serpents. Quelques kilomètres séparent la région estivale de Cap Malheureux de celle de Grand-Baie et où s'échelonnent de nombeux hôtels.

 

les ruines hollandaises
Prendre la route de la Grande Rivière Sud-Est et suivre le littoral après la pointe du Diable, de la baie du Grand-Port jusqu'à Ferney où fut construite la sucrerie qui fut avec la Villebague, la plus ancienne de l'île. Visiter les ruines hollandaises et la Salle d'Armes, en contrebas de la falaise, où autrefois, l'on se battait en duel. Même route pour le retour jusqu'à l'embranchement de Rivière-Sèche, après la Grande Rivière Sud-Est. Au lieu de suivre le littoral comme pour l'aller, choisir le raccourci qui mène au centre de Flacq et de là au Poste de Flacq. Avant d'arriver à Bras-d'Eau, et pour économiser des minutes et des kilomètres, éviter le littoral de Poste Lafayette et de Roches-Noires en prenant le chemin qui passe a l'intérieur par la Plaine des Roches et rejoint ainsi la route prise le matin pour aller à Roches Noires. Même itinéraire pour rentrer à Grand-Baie par Cap Malheureux.
Ceux qui ne craignent pas un itinéraire trop long iront jusqu'à Mahébourg et la pointe des Régates : une trentaine de kilomètres aller et retour.

 

Lagon et filaos : l'Eden sur une île
L'île aux Cerfs est de celles que l'on range dans les « îles paradis » avec un lagon merveilleux et toujours calme tourné vers la terre et d'immenses plages ouvertes à l'est au vent du large. L'île est couverte de filaos qui se mêlent à de la petite brousse à l'intérieur. On y trouve des cerfs qui parfois traversent à la nage le bras de mer. Tous les sports nautiques. Un restaurant fait de petits kiosques ouverts, reliés par un sentier ou une passerelle de bois. Bonne et simple cuisine créole : poissons et fruits de mer. Snack et boutique. Toute cette architecture, pierre et chaume, se fond dans les filaos et les cocotiers. Un étroit chenal sépare l'île aux Cerfs de sa voisine, l'île de l'Est ou Mangénie, moins étendue et où l'on peut se rendre à pied par marée basse ou à la nage. Les nageurs se plaisent à se jeter dans le courant rapide qui les entraîne vers les fonds immaculés et peu profonds du lagon.

 

 

Les pirogues de Mahébourg
Mahébourg avec ses larges rues tracées par les Français, est une ville de 30 000 habitants, qui a connu de plus beaux jours. Elle est plus riche de souvenirs que de belles maisons. Se rendre à la pointe aux Régates d'où l'on peut admirer dans toute sa splendeur la baie du Grand-Port que domine la montagne du Lion qui évoque un fauve couché. De nombreuses pirogues à voile viennent décharger sur la jetée leur cargaison de sable et de coraux arrachés aux bancs qui émergent par marée basse. Ils vont alimenter les fours à chaux. Un monument élevé en 1896 par le Comité des souvenirs historiques, commémore les marins français et anglais morts au combat du Grand-Port en 1810. La pointe des Régates, d'où l'on suivait jadis les courses de pirogues et de canots pontés à voile, appelés péniches, est un lieu propice aux rêveries du touriste que séduit la beauté du site. Il se souviendra que c'est au pied de la montagne du Lion que s'établirent les colons hollandais. Que les Français y firent leur premier chef-lieu. Que de frêles vaisseaux battus par la tempête, aux équipages décimés par le scorbut, y trouvèrent le salut... Qu'outre les bateaux marchands et les navires de guerre, on vit aussi dans la baie le sinistre drapeau noir des pirates ! Mais tout cela s'efface dans la sanglante apothéose du combat d'escadres qui durant trois jours en août 1810, opposa les Français et les Anglais. Un monument ici pour les morts. Et un nom sur l'arc de triomphe de l'Etoile... Combat terrible auquel assistèrent rassemblés sur le littoral un grand nombre de colons au premier rang desquels se trouvait le général Decaen, gouverneur général des îles de France et de Bourbon.

Le coquet petit îlot à droite, le Mouchoir-Rouge, est le lieu de villégiature d'un médecin. Faute de pouvoir l'appeler par le téléphone, celui qui a besoin d'urgence de ses services frappe avec une tige de fer le pylône qui se trouve sur la jetée. L'écho suffit à attirer l'attention du médecin qui de jour comme de nuit, fidèle à son devoir, se fait conduire à terre à la godille...

L'esplanade voisine que les vieux mahébourgeois par fidélité au passé appellent toujours la place de la Gare — malgré la fermeture des chemins de fer entre 1940 et 1960 — est aujourd'hui le point de départ et d'arrivée des autobus desservant diverses régions. Il n'était pas rare en ce temps encore récent du chemin de fer, que le chef de gare retardât le départ du train pour attendre quelque planteur influent en retard.

Le Morne
Et la beauté sauvage du Morne, façonnée par les ombres et les lumières au gré des heures, s'accommode fort bien de cette tragique histoire. Elle inspira les hommes épris de liberté. Les metteurs en scène. Les poètes et les amoureux... Elle ne cesse de séduire le touriste. Sans doute aussi est-ce cet éloignement qui en isolant ses habitants, leur conserve encore un type africain particulier : robustesse sculptée dans le cœur d'ébène noir de ces «Zences Morne» ou les « Gens du Morne » comme l'on disait. Ou que l'on dit encore... Eloignement qui a longtemps préservé le séga de la contamination sophistiquée d'un certain mercantilisme touristique vulgarisé par le disque et la télévision. C'est encore au Morne et dans certains villages de la rivière Noire que l'on sent mieux battre, avec le séga, le cœur de l'Afrique ancestrale.
Les Hollandais, parce que des marins d'un de leurs navires mouillés là, avaient été empoisonnés par des poissons péchés sur les lieux, avaient appelé le Morne la montagne des Poisons. Quelques colons s'étaient établis dans la région, y faisaient un peu d'élevage : le nom de Plaine des Hollandais ligure sur une vieille carte. C'esl non loin du Morne qu'atterrirent François Léguât et ses compagnons après leur folle odyssée. Le Morne est resté une région d'élevage. On y chasse le cerf. Mais les pêcheurs y trouveront aussi leur compte : les gros poissons, ceux qui cassent les lignes ou succombent après un combat de géant, abondent au large des côte.

LE JARDIN DES PAMPLEMOUSSES
C'est l'ancienne propriété de Mahé de La Bourdonnais, jadis appelée «Mon Plaisir», achetée en 1735, l'année de son arrivée et revendue deux ans plus tard à la Compagnie des Indes.
Dès l'origine, Mon Plaisir eut une vocation agricole. La Bourdonnais y acclimata des plantes utiles et surveilla la création de vergers et de potagers qui s'épanouirent dans le généreux climat tropical. L'illustre gouverneur donnait ainsi l'exemple aux colons.
Pamplemousses, on l'a vu, tirait son nom de cet agrume appelé pampelmoes par les Hollandais. Sans doute poussait-il en abondance mais le fruit local qui porte ce nom, beaucoup plus gros et moins juteux, ne ressemble guère au pamplemousse que l'on sert au petit déjeuner... Le touriste curieux cherchera donc en vain dans ce magnifique jardin des vergers de cet arbre fruitier qui laissa son nom au quartier et au Jardin.
Pierre Poivre et les épices
Résidence campagnarde du gouverneur, elle fut souvent aussi un lieu de repos pour de nombreux officiers de marine invités à se remettre des fatigues d'un long voyage. Sans doute le jardin de ces lointains débuts ne ressemblait guère à celui où flâne le touriste et que l'on classe parmi les plus beaux du monde tropical. C'est Pierre Poivre qui en fut le véritable créateur.
Poivre qui arriva à l'île de France en 1746 rêvait d'y faire prospérer ces épices dont les Hollandais avaient le monopole dans leurs riches possessions des Indes. Monopole qu'ils gardaient jalousement et qui leur rapportait des profits fabuleux. C'est ainsi qu'ils punissaient de la peine de mort ceux qui en exportaient clandestinement : muscade, cannelle, girofle, poivre (rien de commun pourtant avec Pierre Poivre). Ces plantes dont les noms font rêver d'exotisme ont été l'objet de terribles rivalités et Pierre Poivre, au péril de sa vie, après bien des aventures au cours des expéditions qu'il avait organisées, réussit à ramener des plantes de girofle et de muscade à l'île de France. Ils n'en firent point la fortune mais ironie du sort, le girofle, qui fut plus tard expédiée de cette île à Zanzibar, lui valut toute sa richesse.
Une magnifique promenade
Le magnifique portail en fer forgé, primé à l'Exposition universelle de Paris fut offert par un riche bienfaiteur, M. Liénart, qui fit ériger l'obélisque qui porte son nom et sur lequel sont inscrits les noms des bienfaiteurs de l'île.
On ne manquera pas d'aller voir la reconstitution d'une sucrerie primitive avec ses « batteries », non loin du gracieux château de Mon Plaisir près duquel se trouve un enclos avec des tortues géantes. Plus loin, le promeneur verra des cerfs dans un parc. Il se fera indiquer aussi, s'il a le temps de flâner, la pierre avec une fleur de lys, qui était jadis l'une des bornes du jardin royal. Il sourira sans beaucoup d'émotion, devant « le tombeau de Paul et Virginie », qui est en réalité le socle d'un autel à la gloire de Flore élevé par le gouverneur David qui créa le Réduit.
Bassin central bordé d'arbres splendides... essences rares et curieuses comme cet arbre dont la résine donne l'encens... Palmiers endémiques de l'Ile Ronde et qu'il verra ainsi dans son habitat secondaire ou palmier talipot qui prépare une fantastique et unique floraison pendant 60 ans (100 ans dit la légende) et meurt ensuite ! Si le visiteur n'a pas été aux Seychelles, il cherchera à voir ce spécimen de coco de mer, natif des Seychelles où le général Gordon situait le paradis terrestre... Ses formes jumelles l'ont fait appeler populairement coco-fesses... Gordon l'aurait ainsi substitué à la pomme ! A droite de l'avenue centrale, un sentier ombragé conduit à un petit pont qui enjambe un ruisseau : c'est l'allée des Soupirs. Ceux qui ont l'âme romantique voudront l'emprunter...

 

LE REDUIT : RESIDENCE DES GOUVERNEURS
Réduit ou petite place fortifiée... Le nom convenait bien à la construction importante qu'avait faite le gouverneur David en 1748 sur le promontoire élevé qui dominait la jonction de deux rivières. On accédait au bâtiment par un pont-levis jeté au-dessus des fosses. Le gouverneur avait choisi ce lieu à l'intérieur des terres, à une douzaine de kilomètres de Port-Louis, pour mettre à l'abri d'une attaque anglaise, les documents et autres papiers d'Etat, ainsi que les femmes et les enfants. Les rumeurs disaient que ce lieu éloigné abritait davantage les amours secrètes de David qui brûlait de passion pour une belle du quartier de Moka! Ce bouillant Provençal ne suivait-il pas ainsi l'exemple des rois de France qui avaient construit des châteaux pour les beaux yeux de leurs maîtresses ?...
La construction première, délabrée par les éléments et les termites, fut abattue et remplacée en 1778, ainsi qu'en témoigne la date gravée sur la pierre frontale, marquée de la fleur de lys, par le bâtiment actuel, avec les altérations apportées par les gouverneurs anglais. C'est le nouveau château du Réduit construit par Guiran de La Brillane — qui y mourut — que l'on découvre au bout de la longue avenue que longeait jadis une allée cavalière. Demeure seigneuriale dans un cadre superbe. L'autre façade orientée vers la mer — d'où viendrait la menace anglaise! — domine une immense pelouse avec un bosquet d'arbres où s'élève au bord d'un bassin, un temple de l'Amour : hommage d'un gouverneur anglais au créateur du Réduit ! Ce Britannique n'avait pas un cœur de glace... Il reniait la réputation de la prude et perfide Albion!
Au fond du jardin, un étroit sentier conduit à un kiosque qui domine la vallée où se rejoignent les deux rivières : c'est ici le « Bout du monde » comme l'appelait David, aux extrêmes avancées du Réduit. Les touristes comme les Mauriciens peuvent se rendre au Réduit pour signer le livre des visiteurs, disposé à cet effet dans la véranda, après le poste de garde. Ce qui leur donne l'occasion de jeter un coup d'oeil dans le grand salon, riche de tant de souvenirs et de lever les yeux vers la pierre marquée de la fleur de lys. On ne visite pas le château.
Ils pourront demander la permission de passer sur le côté du château, pour s'arrêter au bord de l'immense pelouse d'où l'on entrevoit le bosquet du petit temple d'Amour... Mais ils n'iront pas au « Bout du monde » ! Sauf s'ils ont la chance d'être là un des rares jours de l'année où les jardins et le parc du Réduit sont ouverts au visiteur. Ils admireront quand ils reprendront leur voiture, le beau cadran solaire, avec l'inscription taillée dans la pierre en 1778. Ce cadran marque l'emplacement où se trouvaient les bâtiments élevés par le gouverneur David.

 

L'HOTEL DU GOUVERNEMENT
La Bourdonnais accueille le visiteur sur la place du quai, tandis que le touriste s'arrête aux pieds de la reine Victoria, toute blanche sur un socle élevé, devant la grille de l'Hôtel du Gouvernement. L'année même de son arrivée, Mahé de La Bourdonnais fit commencer la construction du bâtiment dont le deuxième étage fut ajouté par le général Decaenen 1809.
Résidence des gouverneurs pendant l'hiver, l'Hôtel du Gouvernement fut le lieu de fêtes brillantes dès le temps des gouverneurs français et les Anglais ne renièrent pas cette tradition. At homes... Banquets aux menus interminables et prestigieux... Bazars de charité dont on a retenu particulièrement celui qu'organisa Lady Gomm qui donna ici cette soirée que l'on pourrait.appeler Le bal du Post Office et lança ses invitations avec le premier timbre imprimé à l'île Maurice. L'on connaît la suite...
Bien des hôtes illustres ont gravi l'escalier d'honneur dont le tapis rouge, en été, n'a rien à envier aux flamboyants de la cour intérieure. Un grand building a été récemment construit sur la droite. Mais le béton est un parvenu que méprisent la pierre et le bois des îles. On ne voit que le vieil Hôtel, où M. de La Bourdonnais, dans la solitude de son bureau au premier étage, réfléchissait au destin de l'île de France et méditait les plans de sa campagne glorieuse dans l'Inde. Ils pensaient sans doute à lui, les glorieux vainqueurs qui furent reçus longtemps après au gouvernement après leurs exploits : le bailli de Suf-fren à son retour des Indes... Surcouf, le roi des corsaires... Duperré et Bouvet après le combat du Grand-Port...
L'Hôtel du Gouvernement est le plus prestigieux monument de l'histoire mauricienne. Plusieurs fois l'an, à l'occasion de certaines fêtes, éclairé de mille lumières qui en dessinent tous les reliefs, il semble retrouver les fastes de jadis.

 

LE MUSEE DE MAHEBOURG
Construite vers 1771, cette belle demeure qui fut la résidence des commandants du quartier du Grand-Port, est aujourd'hui un petit musée historique. Jean de Robillard, chevalier de Saint-Louis, fut l'un de ses premiers propriétaires et exerça longtemps les fonctions de commandant. Il est enterré dans un petit cimetière familial tout près de là, de l'autre côté de la rivière La Chaux, où le visiteur peut se promener sur les berges. Non loin se trouve la cheminée de la vieille sucrerie qui ferma ses portes en 1867. Jadis un vaste parc seigneurial s'étendait autour de la vieille maison. Ce petit château, avec les communs, la sucrerie, le cimetière de famille, formait un contexte féodal et colonial où il ne manquait que la chapelle.
La mémoire des objets
Une plaque en cuivre attirera l'attention du visiteur : elle rappelle que dans cette pièce, le capitaine Duperré, commandant l'escadre française et le capitaine Willoughby, commandant de la Néréide, tous deux blessés au cours du combat du Grand-Port, furent soignés dans la même chambre. Héros meurtris et douloureux... l'un réconforté par la victoire, l'autre stoïque dans la défaite.
Voici des souvenirs de la guerre de course : sabre d'abordage, poignard, pistolet. Un grand portrait de Robert Surcouf, roi des corsaires. D'autres gravures encore-Dans la salle voisine, deux cloches : l'une, guerrière, aurait sonné la victoire à Marengo... L'autre, plus petite, évoque des souvenirs plus lointains et plus émouvants pour les âmes sensibles : c'est la cloche du Saint-Géran retrouvée dans l'épave en 1966. Voici, tout à côté, un palanquin de style ouvert, où transporté sur de robustes épaules, l'on voyageait par monts et vallées... Le palanquin fermé, ajouré de lattes ou de rotin tressé, protégeait du soleil ou de la pluie les belles dames créoles, alanguies et inconfortables, malgré les coussins qui servaient d'amortisseurs! Aucun modèle, hélas! n'a survécu...
L'étage du musée est consacré à une remarquable collection de vieilles cartes, d'estampes, de timbres et de gravures. On y admire une reconstitution de la chambre de La Bourdonnais avec des meubles d'époque et des porcelaines de la Compagnies des Indes.
Si l'escalier qui conduit aux combles n'était interdit au visiteur sauf permission spéciale, il admirerait l'incroyable enchevêtrement d'énormes poutres de bois indigènes coupés sur place, et qui depuis deux siècles, ont défié les cyclones et les termites.
Bal tragique au Grand-Port
Les vieilles demeures coloniales laissent toujours une certaine nostalgie. Le silence des musées ne fait pas oublier la bruyante vie familiale qui s'épanouit ici jadis. Les rires et les pleurs... Les fêtes et les drames. Oui, la tragédie naît parfois d'un fait banal : l'on raconte qu'un jour de bal, un cavalier laissa choir sa danseuse et de désespoir, se suicida ! Mais cela se passait il y a très longtemps déjà... Bien avant l'avènement du rock and roll !
Porcelaines et meubles de la Compagnie des Indes
C'est assurément pour le visiteur un nom étroitement associé à l'histoire de ces îles de l'océan Indien. Il rêve de découvrir, et peut-être de rapporter dans ses bagages, l'une de ces porcelaines ou l'un de ces meubles précieux, polis par les ans dont l'épopée coloniale a sans doute garni les demeures et les magasins ! Fabuleuses Indes d'où les conquérants ramenaient — par poignées — les diamants de Golconde et les rubis fabuleux...
Venons aux faits ! Il y eut de nombreuses Compagnies des Indes créées pour le commerce avec la Chine principalement... Les Indes que l'on confond souvent avec l'Inde; c'était donc l'Orient, la Chine, Ceylan, les Indes hollandaises avec leur immense archipel. Portugais (les premiers dans l'océan Indien)... Espagnols... Danois... Belges (avec Ostende)... Américains (tardivement)... Français... Hollandais et Anglais (ces derniers s'y tailleront la part du lion !) eurent leurs compagnies des Indes. Aventureuse et meurtrière épopée sur la route des épices, de la soie et des porcelaines! Les voyages aller et retourduraient parfois trois ans et la mort creusait de grands vides dans les équipages. Un autre nom disait toute la poésie de l'aventure : c'était la Compagnie des pays lointains qui se regroupa plus tard au sein de la célèbre V.O.C. des Hollandais.

Au désespoir des collectionneurs
L'histoire est longue et passionnante et ne peut être contée dans ce chapitre qui veut répondre à la curiosité du touriste : où sont les porcelaines et les meubles de la Compagnie des Indes ? Où les admirer ? Où les acheter ? Réponse assez décevante ! Ils appartiennent surtout à des particuliers et on en trouve peu chez les antiquaires guère nombreux ici. Quelques boutiques à Curepipe dans le secteur des Arcades. Quelques ventes publiques par an, à la suite de quelque succession ou départ pour l'étranger, voient parfois la triste dispersion d'un patrimoine merveilleux (la dernière eut lieu en juin 1981). Il s'agit donc pour le collectionneur d'arriver le bon jour — ou d'en être prévenu. Il y eut beaucoup — trop sans doute — de collections dispersées à l'étranger depuis la fin de la guerre. L'on peut admirer au musée de Mahébourg de belles pièces : mais les plus remarquables se trouvent dans les collections privées.
Si, et contrairement à la porcelaine, de vieux meubles ont été reçus jadis des comptoirs français et anglais de la Grande Péninsule, d'autres ont été fabriqués ici dans ce style « Compagnie des Indes » qui caractérise une époque plutôt qu'un lieu d'origine. Sobre rigueur des lignes... Torsades et guirlandes... Ou flamboyante dentelle de bois! Le style n'était pas uniforme ! Mais ce dernier genre pour les meubles importés contraste avec l'habituelle sobriété «Compagnie des Indes» et serait davantage dans la tradition autochtone. Il est d'ailleurs difficile d'insérer dans des dates précises le style « Compagnie des Indes » qui, si l'on s'en tient aux critères historiques, couvre une très longue période et déborde dans le Xix< siècle : il ne s'est pas figé dans l'immobilisme! Les amateurs évoquent surtout un type particulier intermédiaire entre la rude simplicité des débuts et une élégance raffinée ou le confort rejoint l'esthétique. On aurait donc plusieurs styles «Compagnie des Indes» dont le plus recherché se rapproche du style Régence britannique ou Regency. Beaux meubles en bois précieux. Palissandre violet des îles... Acajou, cannelle, macaque, bois de natte... Des noms qui font rêver... Il existe à Maurice des ateliers d'ébénisterie qui fabriquent aussi des meubles «Compagnie des Indes» d'une remarquable facture. L'on peut citer notamment :

Van der Merwe (route du Trou-aux-Cerfs - Curepipe), Gaston Gabriel (Eau-Coulée, après Curepipe), Soopaya (rue Bonnefin, Curepipe), Ahmed (plaine Verte, Port-Louis).

Pas de vaisselle indigène
Quant à la porcelaine, qu'il s'agisse de pièces d'une exécution et de coloris merveilleux de famille rose ou de famille verte ou de vaisselle ordinaire dont l'ancienneté et la rareté, plus que la finesse, font la valeur, elle provenait de... Chine ou plus tard, du Japon. Mais l'acheminement se faisait par les navires de la Compagnie des Indes qui leur a légué cette appellation exotique ! Les Indes, en l'occurrence c'était la Chine, et ses artistes, qui, à la demande des clients, décoraient aussi leurs œuvres de motifs européens dont jadis l'abondante production inondait l'Europe. Le collectionneur à la recherche de ces articles sur le marché mauricien risque d'être déçu...
L'on estime que du début de la grande aventure jusqu'au siècle dernier, soit au cours de trois siècles, quelque 180 millions de pièces, du splendide chef-d'œuvre à l'humble gobelet, inondèrent le marché européen! Terrines, flacons, vases, statuettes, saladiers, tabatières, objets de toilette, etc..
Mais en 1980, le patrimoine mauricien s'enrichit soudain de centaines de pièces : elles dormaient au bord des récifs de la côte ouest, depuis trois siècles et demi. Dans l'épave du navire de Pieter Both, gouverneur des Indes hollandaises.
La fabuleuse aventure de la Compagnie des Indes se poursuit toujours au xxc siècle...
Banda » : de prodigieux trésors enfouis
Pieter Both, premier gouverneur des Indes néerlandaises, rentrait au pays natal avec quatre navires dont le Banda, à bord duquel il se trouvait, lorsqu'il fut surpris à Maurice — en février 1615 — par un violent cyclone au cours duquel trois navires coulèrent. Pieter Both périt dans le naufrage. Et trois siècles et demi plus tard, en 1980, deux plongeurs français — Jacques Dumas et Patrick Lizé — identifièrent l'épave d'où ils rapportèrent des centaines de pièces de porcelaine de la Compagnie des Indes : coupes, assiettes, flacons à alcool, services à thé, tasses. Un grand nombre d'entre elles étaient intactes et le célèbre bleu cobalt n'avait pas souffert de ce bain de mer qui avait duré trois siècles et demi ! Elles furent identifiées par le conservateur du musée Guimet et avaient été fabriquées au XVIe siècle. Selon les conventions établies, la moitié de ce petit trésor revient au gouvernement mauricien; certaines pièces sont exposées au musée de l'Institut, à Port-Louis. Mais assurément, la plus intéressante découverte est celle d'un astrolabe qui porte la date de 1518 et dont il n'existe que trois ou quatre exemplaires au monde. Passionnante aventure que cette découverte qui est racontée par Dumas dans Fortune de mer, un très beau livre avec de superbes photos, édité par Atlas-Film.
L'aventure sous-marine sur les côtes de l'île Maurice n'a pas fini de nous surprendre. D'autres épaves doivent être explorées et d'autres restent à découvrir.

 

 

LES ILES PROCHES

Une perle sertie de brillants ! Image de joaillerie pour évoquer toutes ces îles, fort différentes les unes des autres, qui sertissent l'île Maurice à l'intérieur ou à l'extérieur des lagons, ou sont délicatement posées sur les lignes de récifs. Une bonne quinzaine ! La Réunion, l'île-soeur, n'en a aucune pour parer sa beauté volcanique et solitaire...

l'île Ronde

La plus fascinante est l'île Ronde dans le nord, avec sa voisine, l'île aux Serpents dont on a irrémédiablement troqué les noms : c'est l'îleRonde où se trouvent les serpents et l'île aux Serpents qui est la plus ronde! Distantes l'une de l'autre de quelques kilomètres, elles se situent respectivement à 25 km et à 30 km de Maurice. L'île Ronde offre un très grand intérêt au botaniste comme au naturaliste : des palmiers endémiques (l'un d'eux porte le nom d'un très vieux et savant gentleman britannique, Reginald Vaughan, qui a choisi Maurice comme patrie) — ils n'existaient nulle part ailleurs au monde! Deux serpents de la famille des boas (non venimeux et dont la taille peut atteindre un mètre) qui partagent le même privilège avec les palmiers et que le naturaliste, Jean Vinson, qualifie de « fossiles vivants »... Des geckos, des insectes et une multitude d'oiseaux de mer dont le paille-en-queue, ce gracieux prince de l'azur. L'île Ronde, cette « perle scientifique» est menacée : par l'érosion d'abord qui lui a donné cette structure tourmentée. Par les chèvres et les lapins qu'un Anglais eut la bonne idée d'y introduire au cours du siècle dernier : ils dévorent les jeunes pousses de lataniers et de palmiers qui paient déjà un lourd tribut aux cyclones. L'île Ronde, dont le sommet n'excède pas 300 mètres, et la superficie 154 hectares, est classée dans les réserves naturelles.

L'île aux Serpents

Elle est entièrement aride et d'un accès encore plus difficile. Des centaines de milliers d'oiseaux de mer y nichent.
Cette jolie île couverte de filaos, avec quelques plages, plus près de la côte, c'est l'île Plate, reliée à marée basse à l'îlot Gabriel. Cette ancienne station de quarantaine et d'élevage du mulet, avant la traction à vapeur et à moteur, possède l'un des deux seuls phares de l'île Maurice. Un seul habitant : le gardien. On peut louer sur le littoral un bateau pour s'y rendre. Un peu moins de deux heures de la Grand-Baie.

Croisières d'île en île
Voici le Coin de Mire, énorme falaise qui plonge dans le bleu sombre des profondeurs. Dans cette énorme fissure à l'avant, appelée « Trou de Madame Angon », les navires de guerre jadis, lançaient une bordée de canons.
On n'aborde pas tous les jours à l'île Ronde et encore moins à l'île aux Serpents, bien moins digne d'intérêt. Plus facilement à l'île Plate, sauf quand la passe est fermée par les vagues. Le Coin de Mire est d'accès plus facile. Les croisières vers le Coin de Mire et l'île Plate, poussent parfois, quand la mer est belle, jusqu'à l'île Ronde et l'île aux Serpents. Il est possible de louer à Grand-Baie, les services de grandes péniches ou un cabin cruiser du Centre de pêche du Nord, près de Trou-aux-Biches. (Consulter les hôtels pour les croisières aux îles du Nord.)

Rapide descente vers le nord-est et l'est à la rencontre d'autres îles à l'intérieur du lagon : la toute petite Bernache avec ses plages ravissantes et tout près la grande île d'Ambre (projets de construction hôtelière) non loin du rivage. C'est là qu'atterrirent les survivants du Saint-Géran qui s'échoua sur les récifs tout proches, manquant de près une passe dans les récifs.
Accès : Il est aisé de s'y rendre du cap Malheureux ou de Grand-Gaube.
Au large de Touessrok sur la côte est, se situe l'incomparable île aux Cerfs et sa voisine l'île aux Lubines ou Mangénie.
Dans le sud-est, posées sur les récifs, l'île Marianne, l'île aux Fouquets, avec le phare désaffecté et l'île de la Passe, avec ses fortifications, à l'ouverture du chenal vers la baie du Grand-Port.
Accès : Occasionnellement de l'île aux Cerfs et de l'hôtel du Chaland. Louer une pirogue éventuellement à la pointe aux Régates ou au débarcadère.
Séparée de pointe d'Esny, la station balnéaire, par un bras de mer d'une merveilleuse et calme transparence se trouve l'île aux Aigrettes, où subsiste une intéressante végétation secondaire indigène classée parmi les réserves naturelles.
Accès : Louer une pirogue de Mahébourg ou de pointe d'Esny. A la nage de la pointe d'Esny pour les très bons nageurs — quand les courants ne sont pas trop forts. Se faire toujours accompagner d'un bateau.
L'île des deux Cocos (aussi appelée l'île aux Bigorneaux) en face de la baie Bleue est séparée d'un très étroit bras de mer de la pointe du Chaland où se trouve l'hôtel.
Accès : En bateau de la baie Bleue ou du Chaland — en faisant attention au courant parfois violent. Rester sur la plage car l'île est propriété privée.
Dans le sud-ouest, avant d'atteindre le Morne, l'îlot Fourneau (sans grand intérêt) et de l'autre côté du Morne, à un kilomètre du rivage — l'île aux Bénitiers avec ses plages et ses plantations de cocotiers et de filaos.
Accès : Louer une pirogue du rivage ou du « Boat House » des hôtels du Morne.

 

LES ILES LOINTAINES
Il convient de mentionner que Maurice a aussi des « dépendances » : petites îles de formation corallienne avec d'immenses plages désertes, des filaos et des cocotiers. Ce sont les Cargados avec Saint-Brandon à 400 kilomètres dans le nord-est de Maurice que l'on parle de relier par Air Mauritius à Maurice, et où la petite population vit de la pêche; on y exploitait jadis le guano.
Plus au nord c'est Agaléga, « la reine des îles à l'huile » à cause des cocotiers dont on tire la noix sèche appelée coprah qui sert à fabriquer l'huile.
A 2 000 kilomètres, plus près des Seychelles, c'est l'archipel des Chagos. Cédées aux Anglais pour faire partie du B.I.O.T. (British Indian Océan Territory). Ces derniers les passèrent aux Américains qui, dans le splendide atoll de Diego ont installé une formidable base aéro-navale pour contrer la présence russe dans l'océan Indien. Il n'est pas question d'y faire du tourisme !
Rodrigues, connue déjà des navigateurs arabes qui l'avaient appelée Dina Moraze, fut redécouverte par le Portuguais Diego ou Diego Rodriguez, selon la version généralement acceptée, au début du seizième siècle. Il lui laissa son nom.
Occupée longtemps par les Français, l'île fut capturée le 4 août 1809 par les Anglais. Prélude à la conquête de l'île de France. C'est à Rodrigues que se rassembla la flotte anglaise venue de l'Inde.
L'île n'est plus une dépendance de Maurice depuis que la nouvelle constitution lui permet d'envoyer deux députés au parlement mauricien. Différente de l'île Maurice — très peu d'Indiens s'y sont établis — elle a un cachet différent qui ajoute à la diversité de la patrie mauricienne. Le commissaire résident est le plus haut fonctionnaire de l'île. Un ministre des Affaires rodriguaises siège au Conseil exécutif.

Quand un fruit donne son nom à une "montagne"
Par contre, le visiteur qui dispose d'un ou deux jours supplémentaires, peut faire du tourisme à l'île Rodrigues, à 500 kilomètres dans l'est de Maurice à laquelle elle est reliée tous les jours par avion (deux heures de vol). Le petit aéroport est construit à la plaine Corail qui mérite bien son nom. C'est avec ses 100 kilomètres carrés la benjamine des Mascareignes...
De formation volcanique avec de vastes lagons, elle ne compte que 35 000 habitants qui vivent surtout de petite culture (maïs, oignon, ail), d'élevage (porc, bœuf), et de pêche. On y trouve de grandes plantations de maïs tandis que le « petit limon de Rodrigues », écorce fine comme une pelure, juteux et parfumé, est célèbre à Maurice. D'ailleurs cet agrume a donné son nom à la plus haute « montagne », le mont Limon avec ses 400 mètres ! L'on procède actuellement au reboisement de l'île qui a souffert de la hache abusive du bûcheron.

La capitale de l'île est Port Mathurin, un gros village, et le principal établissement touristique est l'hôtel de la Pointe Vénus ! Si « l'onde amère » n'y a pas vu la naissance d'Aphrodite, poissons, ourites et crabes succulents y prospèrent... Ce lieu tire son nom de la petite expédition scientifique qu'y fit l'abbé Périgné, savant astronome, pour observer le 6 juin 1961, le passage de la planète Vénus entre la terre et le soleil, événement qui ne se produit que deux fois par siècle et dont les coordonnées permettaient de mieux calculer la distance de la Terre au Soleil ; ainsi que d'autres mesures astronomiques.
La population est essentiellement composée de descendants d'Africains avec des sang-mêlés. Le séga rodriguais est plus rapide et saccadé que le séga mauricien. Mais il est une troupe de danseurs sous la houlette de vieux habitants qui, sans renier le séga, sont demeurés fidèles aux danses d'autrefois : mazurkas, quadrille, lanciers... Spectacle pittoresque sur la place du village ou à l'ombre des cocotiers.

L'intérêt d'un séjour à Rodrigues
Le touriste visitera avec grand intérêt les curieuses grottes qui s'étendent profondément, avec leurs colonnes de stalactites. Et il ira se bronzer sur la plage de la pointe Coton. Une partie de pêche peut-être, à l'intérieur des récifs... ou un peu d'exploration sous-marine...
Il aura intérêt à faire la connaissance des habitants dans les villes ou au cours d'excursions à pied. Il existe très peu de voitures à Rodrigues et un court réseau de routes asphaltées. Le Rodriguais est de nature hospitalière : l'on se lie facilement autour de ces « ségas-tambours » (où surgissent d'autres danses anciennes) sur la place de la petite ville.

L'île au Sable, non loin du rivage, est un intéressant sanctuaire d'oiseaux.
On trouve dans les agences de voyage à Maurice d'intéressants petits dépliants touristiques sur l'île Rodrigues. L'hôtel de la Pointe Vénus organise des excursions, promenades en mer, plongées, parties de pêche. Il existe aussi quelques pensions de famille. Une courte visite à Rodrigues, avec ses plages, ses grottes et son paysage particulier est une agréable détente. Pendant les premiers mois de l'été, l'île reçoit parfois la visite de ces cyclones dont les doux prénoms féminins n'atténuent pas la fureur...