La flore de l'île Maurice

Maurice, de formation beaucoup plus ancienne, est terre de plaines avec un plateau peu élevé et la Réunion est un pays de hautes montagnes avec une étroite bande côtière. Ainsi lentement, au cours des millénaires, les graines de végétaux apportées par les oiseaux, les courants et les vents, ont germé et pris racine, évoluant souvent vers un endémisme original. Arbres, arbustes, fleurs...

Jadis, une forêt compacte recouvrait toute l'île, à l'exception de rares savanes où poussaient des palmiers sur quelques points du littoral. Et les splendides forêts de « bois des îles », avec la cohorte serrée des ébéniers descendaient jusqu'au bord de la mer. Proie tentante et facile pour les capitaines marchands et bien vite le bois d'ébène mauricien «noir comme du goudron et poli comme l'ivoire» eut une grande réputation sur les marchés européens. Ainsi, parmi de nombreux usages, les touches noires des pianos de grande marque... jusqu'à l'avènement du plastique !

L'exploitation massive du bois d'ébène, dont il existe plusieurs variétés, fut la principale occupation des Hollandais qui rognèrent ainsi le littoral, avant d'ouvrir des pistes vers l'intérieur. Cargaisons prodigieuses et gaspillage immense de ressources qu'ils croyaient inépuisables puisqu'un de leurs gouverneurs écrivait : « Le bois est si abondant dans les forêts que deux mille hommes travaillant sans arrêt pendant deux cents ans n'en verraient pas la fin... »
L'exploitation de la forêt primitive et le défrichage pour faire place aux plantations, continua avec les Français et les Anglais. Impitoyable bouleversement écologique qui affecta aussi la faune; de l'immense forêt primitive, il ne reste que des îlots épars, réserves protégées enfin par la loi, d'une superficie totale inférieure à 2000 hectares où se retrouvent les géants millénaires. La plus grande partie de ces réserves se trouve sur le massif sud-ouest : Bel-Ombre, Montagne Cocotte, Pétrin et à Macchabée, près des gorges de la Rivière-Noire.

La liste est longue de ces précieuses essences aux usages multiples, dures aux mandibules des termites, comme à la violence des ouragans. Dans certains vieux bâtiments construits au XVIIIème siècle, le musée de Mahébourg par exemple, les bois indigènes sont encore parfaitement conservés. On en fit un emploi considérable dans la construction maritime. Bâtiments... palissades... mobilier rustique... ébénisterie inévitablement associée à la Compagnie des Indes.
« Bois des îles » aux noms souvent étranges et charmants (Bernardin de Saint-Pierre en a fait une excellente description). Outre l'ébène dont seulement le «cœur» était précieux, les autres bois lourds comme le natte, le bois de fer, le bois puant (qui sentait mauvais !), le bois d'olive (rien de commun avec l'olivier), le colophane, le tatamaka (dont on faisait les mâts de voiliers), le benjoin (qui joignait bien !), le macaque, le tambalacoque, etc.

De toutes les couleurs, ou le prodigieux kaléidoscope floral

De nombreuses essences exotiques furent introduites pendant l'occupation française et contribuent à la beauté de l'île : des arbres venus de l'Inde comme le tamarinier, dont le fruit protégé par une cosse fait une rafraîchissante tamarinade; le badamier dont la merveilleuse parure rousse et or s'effeuille lentement pour faire place à la soudaine éclosion de milliers de bourgeons; le mourouk où les oiseaux viennent se gorger du suc capiteux des corolles rouges, le flamboyant, introduit de Madagascar, dont l'éclatante parure d'été dans toute la palette des rouges, transforme le paysage mauricien et n'a de rival pour l'abondance des fleurs, que dans les grappes du casse jaune (cytise) ou le violet somptueux du goyavier royal, le rose mauve du tabebuia ou celui plus éphémère du jacaranda.

Gardons-nous d'oublier l'inséparable compagnon des plages, le filao, introduit en 1778, qui comme le cocotier, pousse dans le sable, les racines presque dans la mer. Bois à feu... bois de construction, c'est aussi l'arbre où l'éternel murmure du vent dans les fines brindilles incite à la sieste au bord de la plage..
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L'homme ne fut pas le seul ennemi des forêts indigènes dont les jeunes plants à la pousse très lente, sont souvent étouffés par une végétation secondaire exotique qui croît très rapidement : notamment le goyavier de Chine dont l'abondance des fruits, profitables aux hommes comme aux cochons sauvages, ne suffit pas à faire oublier l'envahissement aussi funeste que celui d'un arbuste absolument inutile, le troène. Quant au singe, ce n'est pas seulement l'ennemi des oiseaux dont il détruit les nids; ce vandale d'un naturel destructeur, s'il nous amuse, est un grand consommateur de fruits et de graines.

On sait que les Hollandais firent un usage divers des palmiers qui poussaient abondamment à Maurice. A l'île Ronde, dans le nord de l'île, on trouve deux palmiers endémiques du plus grand intérêt, sub-séquemment introduits à l'île Maurice (notamment au jardin des pamplemousses-, d'où ils passèrent à d'autres pays.

Quelques merveilles végétales : le talipot et l'arbre-fontaine

Quant au talipot (dont il existe de nombreux spécimens au Jardin des Pamplemousses), le visiteur sera comblé si le hasard l'y conduit pendant l'extraordinaire et unique floraison qui s'épanouit quelque soixante ans et précède la mort de l'arbre. Chant du cygne d'un monde végétal...
Ajoutons à cette liste incomplète, le bois noir dont les cosses s'agitent au vent comme des castagnettes! Recherché par les ébénistes, il avait jadis un rôle militaire, puisqu'il entrait dans la fabrication de la poudre à canon et que sa culture fut ainsi encouragée par le roi !
Le multipliant
dont les tentacules, tels des piliers d'un temple étrange, permettent à l'arbre de s'étendre dans des limites qu'on veut bien lui permettre.
L'arbre de l'Intendance dont les branches d'une immense envergure offrent au cyclone une résistance presque aussi grande que les arbres indigènes.
L'arbre du voyageur, sans doute plus utile dans les vastes espaces de Madagascar où le voyageur assoiffé, en lui perçant le cœur, verra jaillir l'eau de pluie accumulée dans sa structure poreuse.
Ce rapide tour d'horizon de la flore ne saurait inclure la nomenclature de tous les arbres endémiques ou introduits, des fougères et des plantes arborescentes, de tous les arbres et arbustes florifères dont quelques noms parmi des centaines ont été cités, des fleurs et des lianes (n'oublions pas le bougainvillée de couleurs différentes — mauve, rose, brique, blanc, grenat — dont l'abondance est un enchantement et fait la parure de nombreuses villas sur le littoral. C'est le naturaliste Commerson « le père de la botanique mauricienne » qui lui donna ce nom en hommage à Bougainville).
Et les nombreuses orchidées — endémiques ou introduites — toujours associées à la flore tropicale et dont on fait la culture avec l'andreanum et l'anthurium pour l'exportation.


Les fruits de Cythère


C'est assurément la noix de coco, apportée par les courants marins, qui détient la palme de l'ancienneté parmi les fruits mauriciens. Tous les autres furent introduits à des dates diverses et le plus grand nombre par les Français. Les premiers agrumes furent plantés par les Hollandais et l'un d'eux, le pamplemousse (ou pampelmoes) laissa son nom au quartier où se trouve le célèbre jardin. Certains fruits furent introduits d'Europe et s'acclimatèrent mieux dans certaines régions de la Réunion où le climat et l'altitude leur convenaient davantage. Ainsi les fraises et les pêches ; la vigne pousse à Maurice dans certains jardins de Port-Louis à titre de curiosité tandis qu'à la Réunion, dans le cirque de Cilaos, on en fait un petit vin. Pas le moindre vignoble à l'île Maurice! Mais on y trouve une profusion de fruits délicieux, plus particulièrement en été : nombreuses variétés de mangues; letchis ou litchis, ananas succulents, avocats, longanes, divers citrons dont un tout petit, très juteux et parfumé, appelé limon; des oranges amères ou bigarades; et un autre acide et parfumé : le «petit chinois»; des goyaves avec l'amusante distinction entre la goyave de Chine, et une autre, jaune et plus grosse, classée dans le jargon populaire comme « goyave de Chine de France »... avec les honneurs de la double particule... « Grenadines », jujubes et leurs cousins, les « massons » (tout ronds!), papayes, jamalacs roses et nacrés, cerises (à plusieurs noyaux), fruits de Cythère qui viennent de l'île non moins célèbre de Tahiti, attes ou anones, d'une finesse incomparable et leurs cousins les «cœurs de bœuf». Et d'autres encore comme le fruit de l'arbre à pain introduit de Tahiti et le «jacq»(dont Bernardin de Saint-Pierre mentionne les vertus prétendument aphrodisiaques et dont les habitants de l'île de France, paraît-il, faisaient grande consommation !).

En résumé, il y a assez de fruits à l'île Maurice pour le bonheur des habitants et des touristes.