La faune de l'île Maurice

Dans le paradis perdu de l'immense forêt primitive et dans les rares savanes semées de palmiers vivaient des oiseaux et des reptiles aujourd'hui disparus. L'on pense d'abord au dodo ! Ce gros oiseau qui ne pouvait voler fut appelé de divers noms : dronte... dodo... dodaer... didus ineptus ! Plus gros qu'un dindon, il avait des ailes petites, un gros bec recourbé dont les coups, selon un visiteur, faisaient mal ! et de courtes plumes à la queue. Etait-il vraiment stupide comme le disaient certains ? Ou tout simplement parce que sa morphologie en faisait une proie facile pour l'homme destructeur et les porcs introduits dans l'île. Les courtes pattes de ce lourdaud ne lui permettaient pas d'échapper à ses ennemis qui le mirent pourtant à la marmite pour trouver ensuite que sa chair était dure et coriace! C'était sans doute, avant l'arrivée de l'homme, le roi lourdaud de la forêt primitive. Si le dodo figure aujourd'hui sur les armoiries de l'île Maurice, c'est une maigre consolation pour les naturalistes et les Mauriciens ! Cruelle célébrité posthume qui vient aux bêtes comme aux hommes parfois.
Quelques spécimens furent envoyés en Europe où ils n'eurent guère de postérité : le dodo ne se multipliait pas en cage comme le serin ! L'un d'eux connut même les honneurs de la Cour impériale à Vienne. Comme d'autres oiseaux, le dodo fut victime des hommes et du changement d'environnement. L'on voit au musée de Port-Louis, à côté d'une reconstitution de l'oiseau selon certains tableaux que laissèrent des artistes qui lui furent contemporains, les ossements découverts par le naturaliste Clark en 1865, à la Mare aux Songes, dans le sud-est de l'île. D'autres ossements se trouvent au Dodo Club, un club sportif où lors du dîner annuel l'on chante la gloire de l'Ancêtre ! le dernier dodo mourut avant la fin de l'occupation hollandaise. Le dodo que l'on ne trouvait qu'à Maurice, avait un cousin qui lui ressemblait peu : c'était le dodo blanc de l'île Bourbon. Disparu lui aussi.

Un autre grand oiseau existait dans la forêt mauricienne : l'apha-napteryx. Et disparurent également de nombreux autres oiseaux indigènes dont il ne reste que neuf survivants : l'oiseau manioc (ou pit-pit), l'oiseau blanc, le pigeon des mares, la grosse cateau (qui rappelle le perroquet), deux espèces de merles, les coqs des bois, l'oiseau banane et le mangeur de poule qui ressemble à un petit faucon. On peut en voir les spécimens naturalisés au musée de Port-Louis. Le mangeur de poule est sans doute l'oiseau le plus rare au monde puisqu'il n'existe qu'une douzaine de survivants recensés dans la région des gorges de la Rivière-Noire. Avec la collaboration d'un naturaliste américain, on tente d'en amener la reproduction en captivité grâce à un couple d'oiseaux dont les autorités permirent la capture. Parmi les autres représentants de la gent ailée que l'on trouve en grand nombre à Maurice où ils furent introduits, l'inévitable et inutile moineau, le boul-boul au chant joyeux avec sa crête arrogante, la petite et la grosse tourterelle, le petit serin siffleur et le serin du cap (ou bélier) dont le mâle est très joli, avec un plumage jaune et noir, le martin ou mynah, grand destructeur d'insectes, un petit perroquet vert ou cateau, décimeur de plantations de maïs. Il convient d'y ajouter un nouveau venu très récent et indésirable : les corbeaux que l'on suppose échappés d'un des bateaux de pêche japonais qui mouillent à Port-Louis.

L'on trouve aussi deux chauves-souris : la chauve-souris « banane » toute menue et la grosse chauve-souris dont l'envergure atteint plus d'un mètre. Ce voyageur nocturne qui se régale des fruits sauvages comme de ceux des vergers — où des chasseurs l'attendent souvent en embuscade — niche le jour, tête en bas, accroché par ses ailes griffues aux hautes branches de la forêt. Quant au gracieux paille-en-queue (ou paille-en-cul), ce grand oiseau blanc qui niche à l'île Ronde et dans la grande falaise du Coin de Mire, c'est aussi un familier du Morne.

Voyages à dos de tortue


Il y avait aussi des tortues géantes qui, ainsi qu'on le voit dans de vieilles gravures, pouvaient transporter plusieurs hommes! Encore moins rapides que le dodo, appréciées pour leur graisse, leur foie et leur chair, elles furent impitoyablement décimées par les Hollandais. L'introduction du cerf de Java ne suffit pas à leur faire pardonner ce massacre. Ils reprocheraient peut-être aux chasseurs mauriciens d'abattre plus de trois mille cerfs par an, mais il n'est pas moins vrai que ce cheptel sauvage dépasse quand même 20 000 têtes et qu'il convient d'en limiter le nombre dans l'intérêt même de l'espèce. Le cerf ne connaîtra pas le sort du dodo ! Pas plus que le singe d'ailleurs : ce macaca particularis, introduit sans doute par les Portugais de Java et qui selon certains observateurs scientifiques, est l'un des singes les plus intelligents. Il ne doit sans doute pas son intelligence à sa très grande consommation de cannes à sucre qu'il pille avec habileté, allant même selon certains observateurs jusqu'à sauter sur les convois pour en jeter aux complices de ce braquage, qui attendent de chaque côté de la route pour s'enfuir avec le butin ! Un certain nombre de singes sont exportés chaque année aux laboratoires américains et connaissent un sort moins enviable que celui qui finit dans la marmite du chasseur ! Les déprédations du singe sont nombreuses : grand pilleur de vergers, il détruit aussi les jeunes pousses d'arbres et les nids d'oiseaux. Depuis quatre siècles le « jacot » comme on l'appelle (« jacot dansé» quand il est exhibé par un bateleur) a causé des soucis aux colons. On alla même jusqu'à suggérer une prime pour chaque queue de mâle abattu. Pourquoi ? Parce que la diminution dramatique des mâles provoquerait des combats terribles entre les femelles au point d'amener leur propre extinction ! Mourir ainsi d'amour et de coups de dents... La réputation d'intelligence du singe est grande parmi les habitants des villages en bordure des forêts : le singe peut parler, disent-ils, s'il ne le fait pas c'est qu'il craint d'être forcé de travailler.

La gent aquatique

La vie des lagons, tout particulièrement près de la barrière de récifs, est riche de poissons multicolores et de coquillages. Certains de ces petits poissons aux noms étranges sont très recherchés pour leurs aquariums par des collectionneurs à qui ils sont expédiés par avion.
L'oeil exercé du pêcheur, mieux que celui du touriste, sait repérer les anfractuosités où gîte cette petite pieuvre, l'ourite, qui est un des éléments de la cuisine créole. La langouste — arbitrairement nommée ici homard — est aujourd'hui moins abondante ainsi que les savoureux crabes «carlets» hôtes des fonds vaseux et que, comme les huîtres, on élève dans ces réserves closes appelées barachois. L'on trouve à Maurice des huîtres belles et savoureuses.

Du danger de déterrer la hache de guerre

Mais il convient sans doute d'attirer l'attention du touriste sur certains hôtes indésirables des lagons qui justifient l'adage : qui s'y frotte s'y pique. Celui qui désire marcher sur les récifs à marée basse, doit non seulement faire attention aux crevasses, mais se munir de solides bottes pour se protéger des coraux aigus et friables, et des oursins que l'on trouve aussi parfois sur certains fonds sablonneux parmi des coraux épars. On les voit bien cependant tandis que de redoutables petits poissons venimeux comme le laffe corail, le poisson pierre, se confond littéralement par mimétisme sur le madrépore, et le laffe la boue (synancoiea verucosa) dans la vase trouble. La piqûre très douloureuse est rarement mortelle (traitée par une injection d'émétine dans la plaie). Comme d'ailleurs celle du très gracieux laffe volant (pterois volitans), multicolore et ondoyant comme une dentelle marine, que l'on voit parfois près des rochers et des jetées. Ces poissons n'attaquent point : la piqûre se fait lors d'un contact violent ou si l'on y pose le pied. Se méfier aussi du grouillement de petits poissons bruns, avec une raie : ce sont les « machoirans ». On trouve aussi sur les récifs une anguille qui peut atteindre une très grande taille, tachetée de jaune et de noir, aux redoutables mâchoires : la lamandia, cousine de la murène. On voit au musée de Port-Louis un beau spécimen harponné par un audacieux pêcheur sous-marin.
Eviter de marcher nu-pieds sur le sable vaseux ou couvert d'algues où peut se dissimuler la hache d'armes, bivalve tranchant comme un rasoir (dont la chair fait un excellent gratin). Une amusante anecdote à ce sujet : un touriste avait confondu ce nom avec celui de « hache de guerre » contre lequel on l'avait mis en garde et qu'il n'associait guère à un coquillage, mais à des armes rouillées provenant de navires coulés pendant un grand combat (dont il avait entendu parler !). Haches qui avaient été entraînées par les courants dans un haut fonds couvert d'algues où on lui avait déconseillé de marcher pieds nus... Ne pas toucher à ces globules d'un bleu transparent que l'on voit flotter parfois sur la mer ou échoués sur la plage : ces méduses sont appelées ici gratelles et méritent bien leur nom.

2 000 espèces de coquillages, dont quelques-unes très rares

L'on ne saurait dresser ici la liste des quelque 2000 coquillages (liste exhaustive du naturaliste!) que l'on trouve à l'intérieur et à l'extérieur des récifs. Il y en a beaucoup, communs mais fort jolis, que l'on trouve à acheter : casques rouges, porcelaines (connues dans le peuple sous le nom de « coquilles lé bas » parce que ses formes arrondies se prêtent bien au ravaudage des bas !), térèbes, mitres, bénitiers, et bien d'autres, sans oublier ceux qu'on appelle ici gauris ou cauris (dérivés de l'anglais : cowrie), les tritons, les nautiles ou argonautes, les murex (ou peigne de Vénus), les spondyles.
Citons les coquillages rares : la harpe double et certains cônes, que le touriste pourra admirer dans certains musées (musée de Port-Louis) et dans des magasins spécialisés notamment l'Argonaute à Trou-aux-Biches, et le Musée de coquillages, rue Anderson, Curepipe. (L'exportation de certains coquillages est interdite.)

D'autres sont extrêmement rares comme le célèbre Conus Clysto-pira et la délicate porcelaine Cypraea Broderipii. Parmi la vaste famille des cônes, existent des variétés dont la piqûre peut être mortelle : aulicus, geographus, textile, tulipa, marmoreus, etc. Par précaution ne jamais déposer un cône vivant au creux de la main : la piqûre peut causer une mort foudroyante. Accident extrêmement rare certes, mais possible et dont l'île Maurice n'a pas le monopole.

Certains coquillages n'existent que dans les parages de Maurice (la harpe double par exemple), d'autres à Maurice et aux îles voisines tandis qu'un certain nombre prolifère dans la région indo-pacifique.