Economie à Maurice

LE SUCRE, PRINCIPALE RESSOURCE, MAIS NON LA SEULE

Ce n'est pas sans raison que Joseph Conrad appela l'île Maurice « La Perle Sucrée de l'océan Indien». Aujourd'hui près de la moitié de la superficie de l'île est plantée de canne à sucre (87 000 hectares) dont la moitié appartient aux planteurs qui sont au nombre de 32000 et l'autre aux sociétés sucrières avec usines (21). Dans les bonnes années sans sécheresse ni cyclones, la production de sucre approche 700000 tonnes et l'a rarement dépassée; l'objectif ambitieux est d'atteindre un jour 800000 tonnes. Certaines années désastreuses, la récolte est réduite de moitié ! Un hectare produit en moyenne près de neuf tonnes de sucre dans les bonnes années alors qu'il en donnait moins d'une tonne en 1801 !
L'île Maurice produit surtout du sucre roux qui est acheté par les raffineurs étrangers. En vertu des accords de la convention de Lomé, 500000 tonnes sont exportées vers la Communauté européenne économique, soit 35 % du quota accordé aux A.C.P. (1 400000 tonnes) tandis que la consommation locale tourne autour de 50000 tonnes. La différence est vendue sur le marché mondial. La récolte sucrière commence avec l'hiver et se termine au début de l'été : de juin à décembre.
Contrairement à la betterave qui est plantée chaque année, la canne à sucre l'est tous les sept ou huit ans : les repousses successives succédant aux « vierges », nom donné aux cannes de la première récolte. Une fabrique de fertilisants couvre tous les besoins d'une industrie qui recherche inlassablement les nouvelles variétés de cannes plus riches et plus résistantes.
Une sucrerie appartient à l'Etat et les vingt autres à des sociétés avec de nombreux actionnaires. Citoyens d'une île ayant toujours vécu essentiellement du sucre, les techniciens mauriciens, ingénieurs agronomes ou ingénieurs de fabrication, ont mis l'industrie sucrière au premier plan mondial où se situe également une station de recherche créée en 1953 (M.S.I.R.I.). La réputation sucrière de Maurice a motivé la création d'un centre de formation pour les étudiants africains au Réduit. L'industrie sucrière est non seulement le plus gros employeur (environ 70000 travailleurs) mais représente plus de 62 % des revenus de l'île à l'exportation (1982). La plus grosse sucrerie est celle de F.U.E.L. qui traite quelque 900000 tonnes de cannes à sucre.
Les sous-produits de la canne à sucre sont nombreux : la bagasse ou fibre desséchée sert à alimenter les chaudières, les écumes sont employées comme fertilisants tandis que la mélasse (près de 200000 tonnes) est exportée ou sert à la fabrication du rhum (plus d'un million et demi de litres), de l'alcool dénaturé ou de l'alcool raffiné pour l'exportation, et des eaux de toilette. Une lourde taxe de sortie (21 % sur les sucres des usiniers; taxe plus faible pour les planteurs) rapporte de gros revenus à l'Etat.


LA PRODUCTION ALIMENTAIRE LOCALE
Thé, tabac, ainsi qu'une forte exportation d'anthuriums et d'andrea-nums. Une abondante production de légumes et de fruits (à l'exception des oranges, des pommes et du raisins importés de l'Afrique du Sud). Une autosuffisance pour la pomme de terre, mais une importation complémentaire de maïs et d'oignons. Malgré le développement de l'élevage — et la complémentarité du cerf — l'île a une forte importation de viande de boucherie. Notons une grosse production de poulets d'œufs et il existe aussi une conserverie de poisson (thon) et une charcuterie de qualité. Une bonne partie de la nourriture pour les animaux est produite localement.


INDUSTRIES


Le développement industriel avant 1960
Ce serait une erreur de croire que l'île Maurice, à travers les différents stades de son développement, ait été un pays sans industries manufacturières.
En effet, des chantiers de construction navale, des fonderies et des imprimeries existaient déjà sur l'île au temps des Français, au seizième siècle. La confection, le travail du cuir, la fabrication du rhum, de l'alcool, du sel et de l'huile ont un passé aussi lointain.
Cependant, au dix-neuvième siècle la canne à sucre devint la principale culture de l'île. Avec l'économie de plantation se développèrent des industries secondaires, satellites, basées essentiellement sur les besoins de l'industrie sucrière — machines pour les sucreries, production de chaux, de sacs en aloès, exploitation des dérivés du sucre comme la bagasse et la mélasse.
Les industries locales, c'est-à-dire les industries de substitution d'importation, tournées principalement vers la satisfaction des besoins du marché intérieur étaient peu nombreuses.


Les industries de remplacement de 1960 à 1970
Les besoins de l'industrialisation naissante se font sentir au début des années soixante. Le gouvernement décida de favoriser en premier lieu les industries permettant de limiter les importations tout en encourageant un développement maximum de l'industrie sucrière.
C'est pour accentuer ce mouvement de création d'industries locales que fut créé en 1962-1963 le «certificat de développement» déchargéant le détenteur d'impôts pendant cinq ans. Et du fait des avantages offerts par ces certificats, on vit apparaître de 1963 à 1970 de très nombreuses entreprises. Actuellement 116 entreprises fonctionnent avec un certificat de développement. De nombreux biens de production et de consommation sont ainsi fabriqués sur place, tels des produits pour l'alimentation, du matériel d'irrigation, des machines lourdes pour les sucreries, des peintures, des objets en plastique, des produits chimiques, etc. Cette industrie locale fournit une part non négligeable des biens d'équipements, en particulier le matériel non électrique et certains matériels de transport, ce qui est une caractéristique inhabituelle pour un pays en voie de développement de petite dimension.
Si ces industries dites « locales » ont été très bénéfiques au pays, dans l'ensemble, elles présentaient deux inconvénients majeurs :
le marché mauricien était trop étroit pour qu'on n'arrive pas assez rapidement à saturation dans ce domaine;
la plupart de ces entreprises étaient à forte intensité de capital et pas assez créatrices d'emploi. En fait, entre 1963 et 1970 seulement 2700 emplois nouveaux furent créés dans le secteur des industries manufacturières.
En 1970, l'île Maurice passa à une nouvelle étape industrielle, avec l'introduction de la «zone franche» axée sur l'exportation. Zone franche qui est un pôle de croissance pour l'économie mauricienne car elle a un impact non seulement sur les industries locales mais sur les services locaux, sur le transport, tant intérieur que maritime et aérien, sur le développement des services bancaires et enfin sur la construction.

La zone manufacturière d'exportation
La zone franche représente 31 % des recettes d'exportation, pourcentage en régulière augmentation. Lancée en 1971 avec neuf entreprises employant 700 personnes, la zone franche comptait dix ans plus tard 103 usines avec plus de 23400 emplois. La bonneterie et le textile s'y taillent la part du lion et jouissent d'une excellente image de marque à l'étranger : l'île Maurice a exporté plus de 11 millions de pull-overs et se situe en troisième position comme exportateur de la bonneterie de laine après Hong Kong et l'Italie. Principaux acheteurs en ordre d'importance en 1981 : Italie, France, Etats-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne; chiffres en augmentation de 32 % sur 1980. La zone franche attire beaucoup de capitaux étrangers pour diverses industries et offre de nombreux avantages aux investisseurs : main-d'œuvre habile et peu coûteuse, taxes réduites, dividendes francs d'impôt pendant cinq ans, matériel importé franc de douane, libre rapatriement des capitaux et des dividendes, profits non imposables pendant vingt ans.

Une Z.F.S. (zone franche de service) comptabilité, expertise, informatique, engineering, transbordement, etc., a été lancée. Les exportations de la zone franche ont atteint le milliard de roupies (environ 600 millions de francs) en 1981.

Le tourisme
Dans l'économie mauricienne, le tourisme vient en troisième position après l'industrie sucrière et la zone franche. Il emploie directement plus de 15 000 personnes. 467100 touristes ont visité l'île en 2012.

 

Plantation de tabac
On plante aussi du tabac dont les feuilles sont mélangées à du tabac importé. La fabrication de cigarettes est faite dans les usines très modernes de la « British American Tobacco». La superficie cultivée oscille autour de 600 hectares pour une production d'environ 1 000 tonnes de feuilles. Dans de bonnes conditions climatiques, un hectare produit environ 700 kg de feuilles.

L'industrie du thé
L'industrie du thé donne du travail à plus de 5000 personnes. Les plantations couvrent quelque 5000 hectares avec une production moyenne annuelle de 5000 tonnes, exportées, moins le millier de kilos de consommation annuelle, vers plusieurs pays, principalement l'Angleterre, l'Afrique du Sud. Le thé mauricien est très apprécié et sa culture très ancienne (dix-huitième siècle). Il faut environ cinq kilos de feuilles pour faire un kilo de thé. Il existe huit usines d'importances diverses à Maurice.