Religions et coutumes à l'île Maurice

Il est vrai que certaines de ces sectes ne comptent guère d'adeptes. L'une des sectes chrétiennes s'implanta à Maurice à la fin du siècle dernier dans des circonstances particulières : l'évêque catholique ayant refusé de donner la dispense nécessaire au mariage de sa fille avec un cousin germain, un riche planteur invita à Maurice le ministre de ladite secte qui bénit le mariage... et s'établit dans l'île où il rallia quelques fidèles !

Les dernières statistiques donnent les pourcentages suivants : 52 % d'hindous, 29 % de chrétiens, 17 % de musulmans tandis que le nombre des athées n'atteint pas le millier ! Quant au nombre de bouddhistes, il est faible et ne correspond pas au pourcentage de la population sino-mauricienne. Cette dernière très largement et rapidement occidentalisée, s'est ralliée dans sa majorité au catholicisme. Si les pagodes sont peu nombreuses, desservies par des déesses à qui l'on fait des offrandes, le culte des ancêtres est toujours à l'honneur.

Par contre, la fête du Moharram est diversement interprétée. Cette fête qui commémore l'anniversaire de la mort de Hassan et Hussain, les fils de Fatimah, fille du Prophète, est, pour le musulman orthodoxe, un jour de deuil, de prières, d'abstinence et de charité. Mais une vieille coutume, à laquelle beaucoup refusent d'adhérer, fait du Moharram une fête populaire appelée yamsé non dénuée d'exubérance et d'éclat.

Pour leur part, les Chinois n'ont qu'une fête importante : le Festival du Printemps qui marque le début du nouvel an chinois. La veille au soir, les jeunes réveillonnent dans des bals et par des danses. Les anciens, eux, dans une tradition très vieille Chine, se groupent pour un dîner familial qui se termine généralement par des parties de ma jong. A l'heure où commence le printemps, les pétards éclatent, ces pétards qui ponctuent le caractère de toute cérémonie chinoise. L'on promène le loup chinois (qui est, en fait, un lion) dans les rues et dans les demeures. Quinze jours plus tard, c'est au tour du dragon d'être ainsi promené. Les empereurs de Chine avaient fait du dragon le symbole de leur force et de leur puissance. Tel est encore le sens de cette bête fabuleuse dans les traditions chinoises.


La marche sur le feu
Couleur locale et ferveur caractérisent ces manifestations religieuses. Nombreux sont les fidèles qui lors du Cavadee, se transpercent les joues et la langue de longues aiguilles et les flancs d'innombrables épingles. La cérémonie de la marche sur le feu lors du Tmidee des Tamouls, où l'on voit même des femmes tenant leur bébé, traverser un long brasier dont les curieux peuvent s'approcher difficilement à cause de la chaleur, est un spectacle extraordinaire. Le safran — vêtements et colliers de fleurs — est la couleur adoptée par les pénitents alors que le blanc est celle du Maha Shivatree qui est une fête des hindous autres que les Tamouls. C'est au Grand Bassin appelé aussi Ganga Talaw, dans le centre de l'île, que les fidèles vont s'asperger de l'eau sacrée, après un long pèlerinage à pied. Cérémonie religieuse en l'honneur du dieu Shiva, célébrée selon l'échéance au calendrier, fin février, le jour suivant une nuit sans lune : la nuit de Shiva ! Une foule considérable de pèlerins venus des quatre coins de l'île, vêtus de blanc, se rend au lac sacré, le « Grand Bassin » ou « Ganga Talaw », au centre de l'île. Beaucoup de pèlerins transportent sur leurs épaules le Kanwar, ossature en osier qui peut atteindre près de trois mètres, enroulée de mètres de tissu blanc et rouge, couleurs de Shiva. Le Kanwar est orné d'un grand nombre de petits miroirs. Lors du Divali, fête de la Lumière qui marque le triomphe sur les forces obscures du Mal, c'est le pittoresque éclairage des plus modestes demeures avec les petites lampes à huile tandis que l'électricité festonne les temples et les belles demeures.

L'apôtre venu du froid
Quant au bon peuple créole, ou africain, il est très friand de processions religieuses lors de certaines grandes fêtes chrétiennes. Cortèges qui, avec curé, enfants de chœur et chanteurs, bannières au vent, se rendent à un reposoir. Mais la grande manifestation de foi populaire est le pèlerinage au tombeau du bienheureux père Laval, à Sainte-Croix, près de Port-Louis, où le 9 septembre, convergent des dizaines de milliers de pèlerins venus à pied des régions les plus éloignées de l'île pour prier sur la tombe de « l'apôtre des noirs », venu au siècle dernier du diocèse d'Evreux, vivre et mourir à l'île Maurice. Il faut béatifié par le Pape Jean-Paul II le 29 avril 1979 à la basilique Saint-Piere de Rome.