La musique mauricienne

Il y eut aussi le bobre ou arc musical : une corde tendue sur une baguette de bois et une calebasse coulissante comme caisse de résonance. Lente et longue évolution dans le fond comme dans la forme qui aboutit au séga contemporain. L'on retrouve toujours dans un certain genre de séga, cette lascivité originelle, cette exacerbation des sens dont parlent certains visiteurs de l'Ile-de-France au 18ème siècle. Sans doute l'amour et la mélancolie, la nostalgie de l'Afrique perdue, furent les thèmes essentiels de la danse et du chant qui l'accompagnait.

Mais à côté du «troubadour» il y eut aussi le « reporter » : un séga narratif commentant les événements ou l'évolution des mœurs. Ainsi ce célèbre « Madame Pionaire » ou la femme du pionnier, ce terme s'appliquant aux engagés du corps des ouvriers pendant la guerre. Leurs épouses bénéficiant d'allocations généreuses, leur manière de vivre en fut bouleversée en profitant d'avantages dont elles n'avaient jamais rêvé en raison de leur humble condition. Un gros succès démarra en 1981 avec « Frodère Mariaze » ou le « fraudeur de mariage », satire fustigeant les intrus, ces personnages qui tout en n'étant pas invités viennent boire et manger aux frais de la noce.

Le séga contemporain s'accompagne parfois de couplets fort légers en créole. Le séga de salon, plus policé, s'adapte aux circonstances avec la retenue qui s'impose.
Les musiciens se servent d'instruments très simples : la ravane ou tambour — instrument dominant — souvent agrémenté de clochettes ; la maravane, boîte sonore à demi remplie de pois secs ou de petits cailloux et qui, agitée en cadence, donne un son très particulier; et un petit triangle en fer que l'on fait résonner avec une baguette.

Une danse sous les étoiles

Le séga en plein air, au bord de la plage sous les filaos et les cocotiers, dans le cercle de lumière ouvert dans la nuit par un grand feu de bois, est le plus spectaculaire. Les tambours sont chauffés devant les flammes pour tendre la membrane; quelques accords et le séga se déchaîne sous les étoiles dans la cadence sourde des tambours, le chuintement des maravanes et le tintement métallique du triangle. Martèlement des pas... déhanchement des danseurs... Les couples se trémoussent, se frôlent lascivement, mais ne se touchent pas !
Quoiqu'il tende à s'uniformiser, le séga de chaque île est bien typé : plus rapide à Rodrigues et dans les petites îles où l'orchestre se renforce avec des «coquilles séga» que l'on frotte l'une contre l'autre. Rythmes plus lents à la Réunion : plus de langueur créole que de lascivité.
Le séga est pour ainsi dire le seul apport culturel de l'Afrique dont se réclame ethniquement le quart de la population mauricienne.
D'excellentes troupes de séga, avec musiciens et danseurs, donnent des spectacles dans les hôtels et certaines boîtes de nuit.
Quelques titres de séga à retenir :
Fraudreur Mariaze - Madam'Euzène - Couzin Couzine - Missié Cou-tou - Brède Mouroum Bâton Mouroum - Coutiou-Coutiou - Problème Carri - Anglais Rende Moi Mo Mari - P'tit Moto Gros Loto - P'tit Frère -Baptême les temps margoz - Amélie.

Acheter du séga :
Boutiques d'hôtels - Do-ré-mi (La Chaussée, Port-Louis). Danube Bleu, Prisunic, Neptune (route Royale, Curepipe). Sonics (rue Desforges, Port-Louis), etc.

Autres chanteurs :

Si l'île Maurice, où le séga a inspiré de nombreux talents dans la musique folklorique, ne compte pas de compositeur célèbre, certains de ses chanteurs firent carrière en France et en Belgique, comme Max Moutia et Henri Leclézio. Henri Wilden à l'Opéra de Sydney, en Australie. L'émigration eût sans doute apporté le même succès à d'autres dont on a su longtemps apprécier le talent au théâtre de Port-Louis et au Plaza de Rose-Hill. La Société musicale de Maurice est active et patronne la visite d'artistes célèbres. Quant au théâtre amateur il a vu l'épanouissement de nombreux talents.
Il est normal qu'une île où se rencontrent des cultures diverses dans un fécond pluralisme, compte des écrivains bilingues. D'origine hindoue comme Somduth Buckhory qui a écrit aussi en hindi, K. Haza-reesing, ex-directeur de l'institut Mahatma Gandhi, tandis que d'autres comme F. Asgarally, ont opté surtout pour l'anglais. D'autres écrivent en hindi ou en urdu. Seuls les Sino-Mauriciens semblent avoir perdu leurs attaches littéraires avec la Chine.